Pic de Rochelaire, 3108 m : Oh la la, ayant déjà qualifié la
Tête de Couleau d'infâme tas de cailloux, je n'ai plus de mot imagé assez fort pour en affubler ce sommet dont les géographes ont à juste titre bien pris soin de le distinguer de ses 2 prestigieuses voisines nommées
Têtes en l'élevant au rang de
Pic. Bien que l'Ours ait anticipé la scène en prenant soin de m'en avertir à la
Tête de Vautisse, la réalité dépassant toujours la fiction, je n'avais pas imaginé chose pareille même s'il m'affirme qu'il y a bien pire en Embrunais comme par exemple la crête Est de la Tête de Soleil-Boeuf testée le
31 août 2011,dont il nous a fait expérimenter la partie la plus orientale à Pascal et moi en
juin 2019 et la crête entre la Pointe de Serre, 2909m, et sa cote maximale, 2019m, où en
septembre 2011 il n'est pas arrivé à se rendre tellement le rocher y est pourri.
Alors en toute modestie je préfère écrire : Pic particulièrement délabré, mélange de roches ruiniformes et détritiques, ayant malgré tout une position stratégique et une élégante silhouette nous invitant à lui rendre visite sans aller jusqu'à plagier nos bien plus illustrissimes prédécesseurs qui répondaient à la question :
- mais pourquoi tenez-vous tant à monter là-haut ?
-
“Parce qu’il est là !” (Georges Mallory au sujet de l’Everest !)
-
“parce qu’elles sont là !” (le grand guide Giusto Gervasutti le généralisant à toutes les Montagnes !)
D'autant qu'effectivement telle que nous avons effectué cette randonnée il s'agit quasiment d'un aller-retour des plus simples à conduire puisque, comme le conseille Bernard MAZAS, il suffit de suivre l'itinéraire recommandé par l'IGN pour les skieurs en louvoyant au mieux pour en pédestre éviter le plus possible des pierriers sauf quand il devient délirant. En effet, il serait très étonnant que les skieurs montent par la crête Est en suivant les pointillés bleus ? il suffit de lire leurs commentaires sur Skitour pour s'en convaincre. Mais comme Pascal et l'Ours l'avaient emprunté en
juillet 2016 c'est naturellement vers elle que ce dernier infléchissait notre trajectoire avec l'objectif de la rejoindre en amont du collet coté 2978m, jusqu'à ce que son passage clé en aval du sommet soit visible, le conduisant à discrètement changer de cap persuadé que s'il insistait, il aurait droit à mon refus de l'obstacle :
- non mais ça va pas la tête, tu t'imagines que je vais gravir cette pente finale au milieu de ces barres aux rochers en équilibre instable ? tu y vas seul et je t'attends ici !
Comme pour : la Pointe de Serre en
octobre 2017, la Tête de Couleau en
juillet 2016 et cette année déjà à l'
Entre Piniers !
Tandis que l'accès à la crête Sud-ouest paraissait plus accueillant, bien pentu sur une bonne cinquantaine de m de dénivelé mais sans obstacle majeur et comme
"quand elle a le nez contre la pente elle monte à peu près partout", alors c'est la solution la plus sûre pour que nous ne rations pas sa première et ce bien beau triplet au cours d'un même été.
Je suis bien obligé de dire que je lui dois une fière chandelle car après avoir découvert le gros cairn sous la dernière barre nous indiquant que nous étions sur la bonne voie la crête se rejoint aisément sur la gauche et la suivre jusqu'au cairn sommital n'est qu'un jeu d'enfant ivre du spectacle offert. Le 360° du sommet est encore plus saisissant tant les lignes y sont fuyantes du Sud-Ouest au Nord-Est : seul le plan incliné gravi, la crête et la Tête de Vautisse en atténuent quelque peu le vertige. Pas de vent, un généreux soleil, une excellente visibilité, nous n'avons pas résisté au plaisir inégalé de pouvoir déguster nos sandwiches le dos contre le gros cairn, instant inoubliable de plénitude arrivant à me détacher de l'appréhension de la descente; deux premières le même jour que demander de mieux !
Pour la descente, bien que l'Ours m'ait laissé le choix, il est arrivé à me convaincre que la crête Est était dans mes possibilités même si le passage clé, croulant, sans prise franche et sûre pour le franchissement de la principale barre rocheuse m'ait quelque peu hérissé l'échine, la suite quoique encore bien scabreuse n'est vraiment pas difficile même si elle nécessite de ne pas relâcher son attention un peu trop tôt. Ensuite vouloir tirer tout droit en suivant les pointillés bleus de l'IGN ne semblant vraiment pas être la meilleure solution, nous nous sommes empressés de rejoindre notre trace de montée, la solution de loin la meilleure pour le retour le plus facile; en effet la variante soi-disant pour économiser nos genoux que nous avons testée n'est vraiment pas à conseiller (dahu, tord-cheville dans de hautes herbes des plus désagréables, nous aurions été mieux inspirés de rester sur la pelouse alpine de montée qui n'était guère plus pentue !).
Plus bas l'abord des Cabanes étant des plus silencieux, nous en avons profité pour rester en rive gauche du Couleau sur tout le parcours.
Tandis qu'après ses divagations autour et dans la portion à sec du lit du Couleau la Marmotte avait opté pour un retour par le pied des Vallons de Méan et de Fouran, prévenus par la radio qu'une fois le Duster rejoint et une petite sieste faite, elle poursuivrait sur la route forestière en nous attendant jusqu'à ce que nous la rattrapions, nous ne nous sommes retrouvés que dans le grand virage à gauche après la première épingle à droite à la cote d'environ 1400m.
En conclusion : OUF ! voici réalisé et de quelle manière ! le défi que je m'étais lancé du sommet de la Tête de Vautisse et que je ne risquais pas d'imaginer ce printemps intimement convaincue que je n'arriverai même pas au sommet de la Tête de Couleau quand pour ne point trop décevoir l'Ours j'ai enfin cédé à son souhait d'au moins monter s'assurer que son itinéraire jusqu'à la Tête de Méan pas encore documenté sur Internet offrirait selon lui la voie d'accès la plus facile à ce sommet qui en dehors de sa morphologie quelque peu rebutante est un formidable observatoire où il n'y aura jamais foule. Tout comme le sommet du jour qui est en définitive le moins exigeant des 2 avec ses à la louche 15km +1600m, à comparer aux 16km +1700m de la Tête de Couleau, avec quand même un retour qui m'a paru bien long tandis que le précédent avait été interminable ! Je pense pouvoir écrire que je suis très heureuse d'y être arrivée mais que je n'y retournerai pas, place aux plus jeunes !...
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