Tête de l'Hivernet en traversée + Tête de Soleil Boeuf par son versant Sud + A-R au Pelve, par un itinéraire peu pratiqué et pas documenté concocté par l'Ours pour offrir à Solenn et Philippe leur première à la Tête de Soleil Boeuf et au tant fantasmé Pelve pour Solenn en profitant de ma bienvenue indisponibilité :
pour l'occasion, il a construit son
projet en faisant un mix de notre
dernière randonnée sur l'alpage de l'Hivernet pour laquelle j'avais quelque peu joué les cobayes même si j'avais refusé de le suivre dans son exploration de l'accès au collet entre la Crête de Rougnous et la Tête de l'Hivernet par la singulière ascension d'une cheminée au milieu d'un original plissement rocheux pour, paraît-il, surprendre Solenn !
Cependant, cette dernière nous ayant informés que Philippe n'était pas très à l'aise dans ce type d'exercice, le jour venu l'Ours a préféré jouer la prudence en contournant ce premier obstacle, préférant attendre de les voir évoluer en toute liberté sur la crête Sud-Ouest de la Tête de l'Hivernet avant de plus ou moins improviser la suite de leur aventure commune.
La Tête de l'Hivernet atteinte sans réel souci, l'Ours étant désormais convaincu que Philippe n'avait pas plus le vertige que lui et que sa moindre vélocité sur ce type de terrain n'était due qu'à un évident manque d'entraînement, ce dernier n'hésitant pas à descendre à tombeau ouvert sur sa frêle monture les cols les plus pentus gravis en un temps record, à chacun sa spécialité ! mais, comme l'une ne saurait nuire à l'autre, le col des 5 Croix atteint, c'est en toute confiance qu'il leur a proposé de continuer jusqu'à la Tête de Soleil Boeuf par cette fameuse crête devant laquelle, jusqu'à présent, Solenn a toujours abdiqué malgré une folle envie d'y passer.
Probablement rassurée par la présence de l'Ours Solenn était volontaire jusqu'à ce que Philippe les informe qu'il n'y était pas prêt, préférant les attendre à ce col, les invitant même à poursuivre l'aventure jusqu'au Pelve sans se soucier de lui et de l'horaire.
- vu la manière dont tu as su jusqu'ici surmonter tes vives appréhensions sur la crête Sud-Ouest de la Tête de l'Hivernet, je pense qu'à condition que tu le veuilles tu es à même de franchir l'obstacle sans trop t'exposer. Mais ne te connaissant pas suffisamment et n'étant pas en mesure d'y assurer ta sécurité, nous n'y allons que si tu es sûr que quelles que soient les difficultés rencontrées tu es à même de dominer tes émotions, c'est-à-dire ne jamais paniquer ! Ceci t'est-il déjà arrivé ?
- oui, et précisément en montagne ! donc je préfère ne pas prendre de risque.
Après une plus ample concertation à 3, compte tenu de l'horaire, l'Ours leur a proposé de poursuivre en contournant l'obstacle par la droite (soit au Sud-Est), comme envisagé dans son projet (
itinéraire vue depuis l'amont du Col des 5 Croix le 20 juin 2019) en précisant :
- ce sera moins esthétique, moins ludique et sûrement bien plus pénible, mais étant donné votre condition physique, il n'y a aucun souci et il est certain que sauf à se prendre un caillou sur la tête, on ne peut pas s'y tuer !
Sauf que l'Ours, malgré ses 60 années d'expérience, n'a pu un seul instant anticiper ce qui les attendait :
- tout le versant Sud-Est de la Tête de Soleil Boeuf jusqu'à l'aval du col des 5 Croix a été balayé par une ou des avalanches de fond printanière(s) générant un incroyable magma pâteux, à coup sûr taloché par de très compacts, nombreux et conséquents fragments de corniche d'une efficacité bien supérieure à toute lame de bulldozer, ayant rendu la pente aussi lisse et dure que du béton entre les nombreuses vagues des amoncellements résiduels, spectacle quelque peu dantesque s'apparentant aux fameuses gueules de baleine lorsqu'il s'agit de neige ! (
vue de dessus extraite du diaporama ci-dessous).
- les conduisant à, au grand dam de Solenn qui s'en est inquiétée, devoir descendre bien plus bas que prévu avant de pouvoir entreprendre une traversée un peu moins exposée en passant au mieux de la crête d'une de ces vagues "bétons" à une autre, l'Ours sécurisant la transition de l'une à l'autre avec des marches taillées au piolet, devant frapper très fort pour entamer une croûte aussi dure ! Certes, il avait déjà affronté ce type de difficulté mais jusqu'ici toujours restreint à un étroit couloir d'avalanche et jamais pareillement généralisé à tout un versant aussi étendu et ouvert que celui-ci !?
- le terrain ayant toujours raison, l'horaire le permettant encore et faisant confiance à ses coéquipiers du jour quant à leur capacité à rester bien droit sur ces somme toute assez précaires marches, il s'est empressé d'utiliser au mieux la configuration de ce dernier pour grimper sans se faire exagérément peur.
- raison pour laquelle la nervure descendant depuis l'éperon qui marque la nette rupture de pente de la crête en direction du col des 5 Croix atteinte, il a profité de gravir sa rude pente semi-herbeuse aux roches solides avant de poursuivre cette traversée jusqu'à son premier talweg par une des nombreuses vires bien moins lissées que le reste de la pente.
- le talweg rejoint, contrairement à toute attente, sa remontée n'a pas été de tout repos en jouant les équilibristes de l'émergence d'une solide aspérité à une autre tant le ménage a été bien fait, l'Ours découvrant combien une pente jamais supérieure à 40° qu'il a gravie sans problème en raquette à neige le
1ier janvier 2019 et en partie par le talweg central en ma compagnie le
20 juin 2019 pouvait s'avérer aussi délicate à pied sec ?! Ce jour, le plus utile aurait été de se chausser de crampons !
- autant dire que, dès que possible, ils sont passés par la petite nervure en rive gauche de ce talweg secondaire plus agréable et sûre pour, en amont, rejoindre la crête par un mouvement tournant à gauche en aval des restes d'une conséquente corniche neigeuse depuis laquelle l'accès au sommet ne fut plus qu'une simple formalité pour le plus grand bonheur de Solenn et Philippe.
Après leur royal pique-nique sur ce surprenant sommet au panorama des plus originaux qu'il soit, pigmenté par de très constructifs échanges, Philippe ayant précisé qu'il n'irait pas au-delà, l'Ours s'est enquis de savoir si Solenn souhaitait poursuivre l'aventure jusqu'au sommet du Pelve par un simple aller-retour sur cette longue crête d'une facilité déconcertante dès lors qu'on a quelque peu le pied alpin, moyennant une distance totale de 2,4km et un dénivelé cumulé de -/+270m ?
- ô oui ! j'aimerais bien mais je ne sais pas si c'est encore possible ?
- vu ta forme, je pense que tu as le temps d'y aller et d'en revenir sans souci, nous t'attendons ici.
- ah non ! je n'y vais pas seule !
- dommage ! être ici et ne pas profiter d'un tel spectacle en allant voir ce fameux Pelve depuis son sommet pour une première approche, toi qui a tant envie d'y passer en traversée un peu comme nous l'avons fait Hélène et moi en
juillet 2020 !
- oui mais, toi, pour toi et toi seul, qu'est-ce que tu veux ?
- rien de plus, je suis déjà très content d'avoir pu remonter ici ! mais je pense avoir encore les jambes pour le faire, alors si tu le souhaites, je peux t'y accompagner et en profiter pour te monter l'itinéraire par lequel nous y sommes monté(e)s depuis le parking des Charbonnières.
- alors on y va !
- OK ! mais j'y vais sans mon sac et te conseille d'en faire de même, ils tiendront compagnie à Philippe !
Comme il fallait s'y attendre, ça n'a été qu'une simple formalité d'autant qu'au retour ils ont eu droit à un des plus salutaires courants d'air dont seules les montagnes ont le secret, véritable bénédiction !
Philippe retrouvé, les sacs sur le dos, il fallait ne plus traîner, la descente s'annonçant particulièrement longue; toujours en crête, arrivés au moment de basculer dans cette assez impressionnante et relativement infâme pente, ce dernier probablement quelque peu inquiet les informe qu'il préfèrerait descendre en poursuivant sur cette crête lui paraissant en définitive bien plus hospitalière (sauf que de là il n'en voyait que la partie quasiment horizontale et la moins effilée, n'ayant aucune idée de ce qui l'attendait une fois le col des 5 Croix en vue !).
- attend, attend Philippe ! tu ne t'es pas suffisamment senti sûr de toi pour y passer à la montée et maintenant tu souhaites y passer à la descente alors que, me plaçant derrière toi pour t'indiquer où passer, il est fort probable que nous serions passés relativement facilement en moins de 15mn au lieu de galérer pendant près d'1h sur cette pente; n'ayant pas un bout de corde pour garantir ta sécurité, pour moi c'est NON ! je vais voir si ce ne serait pas plus facile de descendre par le talweg le plus large, mais rien de moins sûr ! (pour humblement me préciser si besoin était que Philippe avait peut-être eu la chance d'avoir affaire à un plantigrade qui pense plus à autrui qu'à lui même et ainsi éviter une mise en danger autrement plus sévère !).
Ce dont ils ont été rapidement dissuadé(e)s, ce dernier ayant le plus agréable pierrier imaginé apparemment encore plus lissé que celui de la montée par lequel l'Ours a préféré limiter les risques en traversant plus à droite en amont de la rupture de pente, la vue de dessus permettant de choisir bien plus facilement qu'à la montée le meilleur itinéraire estimé. Après une légère crispation pour s'affranchir du plus pentu, le soulagement d'y être parvenu sans déraper aidant, c'est avec une de plus en plus évidente décontraction qu'ils ont dévalé la suite. Solenn devant bien plus à gauche que l'Ours suivi comme son ombre par Philippe l'interrogeant sur l'étrange phénomène ayant pu conduire à un tel chantier, déjà explicité plus haut.
En fait, si l'Ours a pris soin de, dès que possible, autant tangenter à droite, c'était pour rejoindre au mieux le névé encore bien présent en fond de vallon pour, grâce à lui, descendre rapidement en économisant du mieux possible ses très vieux genoux en fin de carrière (
itinéraire vue depuis le fond du vallon et
depuis la crête Nord-Est de la Tête de Soleil Bœuf )!
Et pour ne pas avoir à remonter, de poursuivre par la Cabane de Soleil Boeuf pour y rejoindre l'ancien sentier ramenant par un splendide balcon à l'Aiguille, en allant de surprise en surprise :
- cette cabane de berger, cette année dépourvue de tout troupeau, étant noyée au milieu d'un champ de rumsteacks, d'orties et d'épinards sauvages tout aussi voire plus grands que nous : une nouvelle galère pour cette héroïque traversée d'autant qu'une tempête hivernale n'a rien trouvé de mieux que d'y dissimuler moult troncs de mélèzes sur la droite, transformant cette dernière en Raid Gauloise !
- comme si ça ne suffisait pas, sortis de là, l'Ours a eu bien du mal à retrouver et suivre cet ancien sentier dans des herbes aussi hautes, les obligeant à un long louvoiement dont ils se seraient bien passés avant d'enfin retrouver son assise mieux marquée et des herbes moins envahissantes. Heureusement que la plus spectaculaire traversée sous les aiguilles les a toujours autant séduits, rendant la longueur de ce retour un peu moins lassante.
- et d'en poursuivre l'agrément en passant par le plus sauvage aval de l'Aiguille afin d'éviter la monotonie de sa piste sylvopastorale, Solenn devant composer avec sa douloureuse voûte plantaire tandis que Philippe était toujours d'une apparente pleine forme pour, arrivé sur la route forestière de Clot Jarry, remarquer :
- eh bien ! heureusement que nous sommes partis de bonne heure, nous ne serons pas avant 18h au parking de la Porte de la Forêt !
- oui, c'est précisément pour cela que je n'ai pas répondu favorablement à vos différentes sollicitations! (pour, en off, me dire : "si cette randonnée leur a en définitive bien plu, ils ont eu beaucoup chance parce qu'il s'en est fallu d'un cheveu que la veille, à plus de 20h, excédé, je leur poste le message suivant : "désolés ! nous annulons la randonnée de demain et vous souhaitons une agréable grasse matinée !" leur petit jeu de cache-cache en forme de mutuelle attention l'un par rapport à l'autre ayant bien failli avoir raison de ma patience !").
Le parking rejoint, nous y retrouvons la Marmotte qui venait juste d'y arriver au grand étonnement de l'Ours pourtant habitué à ses extravagances et de lui avouer que tout ce dont elle l'avait informé à la radio tout au long de la journée était entaché d'un aventureux relativisme de manière à ne pas perturber inutilement leur randonnée. Et de préciser qu'ayant raté l'aiguillage pour le sentier du Lac de l'Hivernet, elle avait poursuivi sans coup férir jusqu'à l'arête Est de la Crête de l'Arpion avant d'y trouver une descente praticable sur le lac : du grand n'importe quoi comme elle sait si bien le faire, même désormais avec la trace à suivre sur son SM et de mieux comprendre les raisons pour lesquelles l'Ours est aussi inquiet lorsque ses vacations ne sont plus en cohérence avec le prévu. Ce qu'elle a parfaitement réussi à masquer aujourd'hui, le laissant penser qu'elle avait seulement un peu trop prolongé sa sieste alors qu'elle n'a même pas eu le temps d'y penser, un comble !...
En conclusion : si l'Ours m'a invitée à traduire avec autant de détails leur aventure sur cette fiche en espérant qu'ils puissent être utiles à d'autres, c'est parce qu'il est convaincu depuis pratiquement toujours (voire depuis son premier réel souci alors qu'il accompagnait son petit groupe de l'INSA en Savoie !) que les éventuels soucis que l'on rencontre dans ce type d'aventure sont essentiellement liés à la gestion des conditions psychologiques, ce que les instructeurs les plus attentifs de l'ANENA valorisent depuis plus de 10 ans alors que, très paradoxalement, ceux de l'ENSA n'ont viré leur cuti que cette année confessant que, désormais, ils allaient abandonner le culte de la performance pour privilégier l'aspect psychologique dans le cursus des futurs GHM : il était temps pour cette profession qui décroche chaque année le trophée de la plus forte accidentologie depuis belle lurette !
Le panoramique à 360° annoté depuis le sommet, offert par
Topo Rando Montagne
(pour une lecture plus confortable et précise il est à noter qu’un simple clic sur l'image ouvre un zoom dynamique)
Sauvegarde du nom des fichiers GPX originaux :
Trace de la Marmotte (2024-07-18 06:22:09 [Suunto App])
Trace de l'Ours (2024-07-18 06:24:23 [Suunto App]_1)