La plus modeste des deux bosses de
Clot Rond, 1916m, point culminant du bonus du
projet de cette randonnée dominicale, n'était là que pour masquer le secret espoir pour l'Ours de nous voir gambader jusque là-haut en profitant de son légendaire "à y être" :
- pourquoi ne pas poursuivre notre effort jusqu'au sommet de cette petite dorsale latérale brutalement interrompue par l'impressionnant ravin du Torrent du Dévezet en montant jusqu'à sa cote maximale de 1995m que nous connaissons bien, mais dont le panorama est autrement plus spectaculaire que celui-ci ?!
Sauf que la nuit précédente la neige a malicieusement décidé de s'inviter bien plus bas que prévu d'Est en Ouest, au point qu'en arrivant sur Chorges, la Marmotte me communiquait :
- vu ce que nous voyons en amont de Chorges, Alain te conseille de prévoir tes guêtres !
Lui avait anticipé en prenant ses grosses chaussures avec surbotte; seule la Marmotte incrédule était en chaussures estivales ! Malgré tout quelle ne fut pas notre surprise de devoir nous garer dans 5 à 8 cm de neige et un décor des plus inattendus mais sa nouvelle allergie aux randonnées en raquettes n'ayant pas eu raison de sa passion pour une pareille ambiance, c'est avec un émoustillement que nous pensions définitivement oublié qu'elle s'est empressée de prendre les devants, pour ensuite nous talonner jusqu'à Freyssinet, à notre grand étonnement.
En inaugurant un nouvel itinéraire repéré grâce à la Carte de Chaleur de STRAVA en amont des Molles, le spectacle était encore plus féérique au point qu'en passant en aval des cabanes de Jaillet, l'Ours m'a proposé d'en profiter pour nous engager au plus court pour le bonus en restant le plus à niveau possible.
Le temps que nous effectuions selon son expression le mouvement tournant pour accéder frontalement au talweg entre les cotes 1860 et 1916m, toute la brume qui ce matin stagnait sur le Lac de Serre-Ponçon a sournoisement envahi toute la pente accentuant le ramollissement de la neige tout en estompant singulièrement son relief digne de fameux jours blancs. Alors l'Ours, descendant de plus en plus profondément dans le manteau neigeux en m'ouvrant la voie, fort de son expérience, s'est empressé de se réfugier dans la pente maximale pour, coûte que coûte, sortir au plus court car, comme si ça ne suffisait pas, la radio ne passant pas et notre retard sur l'horaire s'aggravant inexorablement, il était fort inquiet de ne pas pouvoir informer la Marmotte de notre situation.
Et ce n'est qu'à 12h33 qu'ils ont pu enfin communiquer :
- coucou Annie est-ce que tu me reçois ?
- oui 5/5, où en êtes-vous, je vous attends au point de rendez-vous depuis 30mn, j'ai essayé de te joindre sans succès !
- c'est bien ce que je craignais, nous sommes très en retard alors que j'ai cru le limiter en traçant au plus court en prenant le risque que la radio ne passe pas; il faut dire qu'ici il y a plus de neige que prévu et nous brassons un max, est-ce que tu penses trouver un coin sympa pour notre pique-nique ?
- pas à proximité parce qu'il y a partout des arbres qui pleuvent avec la neige qui fond !
- il nous faut au moins 30mn pour te rejoindre alors cherche un peu en suivant le sentier vers le Cairn !
Pour quelques temps plus tard :
- je n'ai rien trouvé, du coup je préfère continuer tranquillement en descendant par ma trace, pique-niquez où ça vous arrange le plus et descendez par votre variante car je poursuivrai jusqu'au Duster !
- OK, merci, bon retour, n'en oublie pas de profiter de ce généreux ensoleillement !
Sa trace rejointe, nous avons réussi à nous réfugier plus ou moins au sec sur un petit pierrier pour un pique-nique en plein cagnard bien au chaud en ce mois de février complètement fou. Nous y étions si bien que nous y sommes restés une bonne heure tandis que, plus au Nord, la crête du Piolit à la Pousterle restait dans une épaisse brume.
En aval du Cairn, la neige du matin avait totalement fondu faisant place à un terrain encore glissant et parfois gadouilleux ce qui ne nous a pas dissuadé de prendre la tangente en amont du Forest Sicard pour un hors sentier hivernal des plus sympathiques passant par la croupe en rive gauche du Laus des Poissons et l'alpage du Plantier qu'il serait de bon ton d'éviter en période de pâturage et autres exploitations agricoles, qu'on se le dise !
Résultat : nous sommes passés plus en aval que le projet de l'Ours et avons rejoint le Duster seulement 15 mn après la Marmotte qui siestait bien au chaud et à l'abri du vent d'Ouest qui forcissait de plus en plus, nous obligeant à nous réfugier à notre tour à l'intérieur pour notre traditionnel petit goûter.
En conclusion : tout le monde était satisfait de cette journée au grand air, seules les fleurs de pissenlit avaient triste mine, regrettant leur précocité.
Nota bene pour information : la montre de la Marmotte qui a, à peu de chose près, suivi le tracé de la randonnée N° 8 du Syndicat d'Initiative de Chorges a mesuré une distance de seulement 8 km et pas 10 comme annoncé par sa fiche, en revanche le dénivelé cumulé toujours plus sujet à caution est bien dans le même ordre de grandeur respectivement 537 et 490m.