Le Queyrellet, 2776m, sommet à peine marqué d'une modeste crête herbeuse des plus discrètes et dont on peut légitimement se demander pourquoi il a retenu l'attention des géographes alors que la fière tête couronnée de la cote 2931m qui le précède sur cette longue dorsale qui de la Tête du Rissace, 2965m, jusqu'à la Crête des Eysselières, via celles de Beaubarnon et de l'Aup, ferme au Sud-Ouest le Vallon source du Cristillan en amont de Ceillac ? Si ce n'est peut-être parce qu'il en ponctue le bégaiement qui l'a fait fourcher en donnant naissance à cet improbable vallon suspendu à l'aussi curieuse géologie qui décore ce Vallon de Beaubarnon dont cette randonnée permet de savourer à loisir toute la splendeur.
L'Ours en a découvert la principale singularité en raquettes en montant pour la première fois au
Marcous en compagnie de Monique en février 2012 d'où il avait estimé que la Crête de Beaubarnon qui lui fait suite devait être aisément praticable hors neige et serait une façon élégante d'y accéder et, depuis, en attendait l'opportunité.
En cette année 2021, notre ami Pascal a offert à l'Ours un gros PhotoBox de son cru qui reprend tout l'historique de leurs 10 années de randonnées communes, une véritable somme, résultat d'un incroyable travail de bénédictin pour, à terme, en restituer toute la chronologie et retrouver dans ses archives les photos qui vont bien pour accompagner chacune d'elle sur la page dédiée, chapeau bas l'artiste.
Après sa mise à l'honneur sur la page de présentation de son blog
Pacou-Randos, à la remise de ce document de 142 pages, je n'avais encore jamais vu l'Ours aussi ému par pareille attention, étant l'un des mieux placés pour en mesurer toute la signification en terme de reconnaissance et d'investissement consenti. C'est ainsi qu'il a été tout heureux d'y retrouver
la randonnée qui nous a permis de passer pour la première fois par ce singulier vallon, pour laquelle il n'avait pas réalisé de diaporama vu qu'à l'époque il avait décidé de jeter l'éponge, que faute de temps avant sa saison de ski Pascal ne l'avait pas mise sur son blog alors que je ne m'étais pas encore résolue à relever le défi en continuant de bénéficier de ses vastes panoramiques et de son précieux concours pour la précision des lieux et la technicité des textes d'accompagnement.
Et de me souvenir de la discussion qui les animait ce jour-là, après avoir traversé le Ravin de Beaubarnon, en remontant vers la Plane :
- Pascal : vu d'ici, je pense que nous aurions pu continuer après le Queyrellet sur la crête et par elle, rejoindre directement l'alpage; elle doit réserver de bien belles perspectives ?
- Alain : oui, sûrement pour les perspectives, mais en étudiant bien la photo satellite, ça ne m'a pas paru aussi évident que vu d'ici et je crains fort qu'il y ait un passage un peu chaud là-haut derrière donc à mes yeux trop risqué pour aujourd'hui, d'autant que je tenais à passer par le Col de Beaubarnon pour la visite complète de toutes ses belles aiguilles et y retrouver Rosine et Annie pour continuer en leur compagnie et un peu de hors sentier comme nous l'avons fait.
- Pascal : dommage je l'aurais bien tentée !
- Alain : j'espère que nous aurons l'occasion d'y revenir, car j'ai le projet d'effectuer tout le tour du vallon par son Cros, le Marcous, sa Crête et justement reboucler par celle-là !
Eh bien, voilà qui est fait 6 années après et je confirme les craintes de l'Ours. En effet, si pour tous ceux qui sont construits comme lui qui tel un bouquetin peut évoluer sans la moindre appréhension en toute impunité sur de pareilles pentes à grandes enjambées ce n'est qu'un jeu d'enfant, pour bien d'autres, dont je suis, ce n'est que très lentement à tout petit pas, la trouille au ventre, que je suis restée bien calée dans les siens en le priant de m'attendre "va pas si vite ! attends-moi !" ayant été le constant leitmotiv de cette traversée qui m'a parue interminable et au cours de laquelle je n'ai regardé que mes pieds, malgré ses invitations à m'arrêter et prendre le temps de regarder car c'était, paraît-il, bien beau !
Après je suis bien évidemment très contente d'avoir pu le faire et sensible à son argumentaire se complaisant à plagier Lionnel Terray : "pourquoi allez-vous sur ces montagnes ? parce qu'elles sont là !" et qu'il n'y a que ceux qui n'y sont jamais montés qui ne peuvent pas comprendre.